AVANT DE COMMENCER
Il existe bien des travaux sur le Coran, mais
il manque toujours une étude critique et sémantico-historique du Coran, d'une
façon intégrale, en regard avec les sciences contemporaines. Les travaux à but
véritablement scientifique et fondés sur la lexicologie et la sémantique
historique destinés aux chercheurs ne maîtrisant pas l'arabe liturgique ancien
et ses spécificités linguistiques étant rares et fragmentaires.
Cet essai suit une démarche lexicologique et
entreprend une réfutation rigoureuse de l'approche apologétique, en vue de
faire une lecture réfutable du sens des versets liés à la cosmogonie coranique,
ses allusions à la nature ou des faits historiques, telles qu'elles devaient
être comprises suivant la sémantique des Arabes au temps de sa rédaction. L'auteur
y analyse de façon systématique le Coran, et veille à rétablir le sens primitif
et philologique des textes pour élaborer une étude critique
sémantico-historique contextualisée. Dans cette fin, une refonte des textes
dans leur bassin linguistique et culturel médiéval propre est opérée en arrière-plan,
selon la démarche linguistique et la rigueur historico-critique modernes,
prenant en compte des paramètres sémantiques négligés dans les traductions de
vulgarisation du Coran tels que la synchronie, la diachronie ou l'analyse
distributionnelle des significations et des champs sémantiques permettant de
repenser le Coran de façon contextuelle comme un Arabe, au temps de sa
composition. Tous les versets ne sont pas étudiés ici mais seulement ceux liés
à des notions existentielles suivant la perception de la nature ou la
cosmogonie dans le Coran.
Le Coran tel qu'il nous est parvenu est
traditionnellement accepté comme étant fondé sur le codex d’Uthman. La
découverte de manuscrits de 926 Corans dont une cinquantaine ont été datés de la
première moitié du premier siècle hégirien à Sanaa a montré que le support
consonantique du Coran actuel est fidèle à la version primitive, et entièrement
confortée comme étant fidèle aux manuscrits retrouvés et datés, hormis quelques
dizaines de divergences marginales imputables à des erreurs de scribes ou à des
variantes secondaires à la standardisation
sous Uthman du codex. Cette découverte majeure a conduit à abandonner en
grande partie la thèse multisourcée et progressive du Coran sur plusieurs
siècles soutenue notamment par Christoph Luxenberg, tandis que la finalisation
de l'écriture arabe a duré, lui, plusieurs siècles. Il n'est pas vérifiable que
la forme définitive sous sa forme voyellisée est ou non également entièrement
fidèle à la version primitive. Néanmoins, l'approche du Coran selon la
rhétorique sémitique de Michel Cuypers a montré de façon vérifiable que le Coran
suit en fait une organisation thématique systématique présentant de nombreuses
symétries rigoureuses dans chaque sourate, mais également entres sourates
croisées suivant le plan d'organisation chronologique traditionnel du corpus
intégral, excluant par-là l'hypothèse d'une voyellisation forcée au IXeS sur
base du support consonantique originel (le
ductus). Demeurent néanmoins quelques versets obscurs divisant les
exégètes, sans doute dus à l'éloignement sémantico cognitif de l'arabe
littéraire de l'arabe liturgique primitif du Coran. La piste d'une lecture
philologique fondée sur un essai de décryptage des versets réputés obscurs en
syro-araméen pour y donner un sens intelligible demeure une piste très
intéressante. Et une étude intégrale véritablement scientifique à but
scientifique du Coran n'existe cependant toujours pas.
Le Coran contient 321.585 lettres (ductus). 77.389 mots composés à partir
de 1.726 racines (comptage). Le texte original en arabe fait en tout 604 pages
selon la pagination traditionnelle arabe. Le manuscrit original représentait
une trentaine de sons trois à sept voyelles suivant les vocalises et 28
consonnes, également vocalisées de façons variables) à l'aide de 13 caractères,
variant en fonction de leurs positions dans les mots composés. Étant donné
que le manuscrit original ne disposait ni de ponctuation, ni de voyelle, et que
les consonnes n'étaient pas encore différenciées à l'aide de points et traits
diacritiques, le nombre de versets (ayat)
varie selon les différentes lectures entre 6.000 et 7.000. On estime qu'il
existe environs 30.000 variantes de versets consistant en des différences de
lectures, écriture, voyelles, segmentation des propositions, synonymes, etc.
Même si le sens de ces variantes n'est jamais très éloigné d'une idée centrale.
Le Coran actuel dispose de 114 chapitres (sourates). La tradition divise le
Coran en respectivement 7 parties (manzil),
30 parties (jouz) et 60 parties (hizbe) qui sont fondées sur un comptage
des consonnes pour subdiviser le Coran pour une lecture rituelle hebdomadaire,
mensuelle ou bimensuelle.
Contrairement au style biblique usant
abondamment d'allégories de type midrachiques et autres, le Coran est d'un
style très simple et direct, allant directement au cœur du sujet. Inutile d'y
chercher des dates, données toponymiques ou de longues listes de généalogies.
Inutile donc d'y chercher des anachronismes réfutables. Le mélange subtil des
idées présentées le long du livre interdit de même en pratique la possibilité
d'y déceler des contradictions, chaque contradiction apparente pouvant être
très facilement et avec une souplesse presque spontanée, comprise tout
autrement -l'auteur du Coran étant, à contrario des rédacteurs de la Bible
unique. Le caractère polysémique et les possibilités de compréhensions
sémantico-cognitives se vérifiant respectivement littérairement valables étant
quasi exponentielles. Au fil de la lecture, les lecteurs se rendront compte que
beaucoup de passages rejoignent des croyances anciennes semblables à ce qui est
raconté dans le Coran, des descriptions très intuitives qui séduisent par leur
simplicité un lecteur arabophone. De nombreux écrivains musulmans ont utilisé
habilement cette particularité du Coran à présenter les choses avec éloquence
et de façon très sobre, pour y chercher des preuves scientifiques d'une
origine Divine du Coran. Tandis que si miracle il faudrait chercher ce serait
peut-être dans ce style très simple d'une étonnante façon de présenter les
choses de façon si rudimentaire, qu'il devient presque inutile d'y chercher des erreurs.
Cette simplicité du Coran a, semble-t-il, épargné au monde musulman de nombreux conflits avec les sciences, malgré des réticences de théologiens conservateurs fermés au progrès-, permettant souvent aux penseurs de développer des sciences et des philosophies en harmonie avec le style très souple du Coran, là où plusieurs autres civilisations peinaient à concilier la religion avec les sciences profanes et expérimentales par rapport à leurs écritures saintes. Cette particularité de souplesse du livre sacré de l'islam, et la tolérance en général envers les peuples du livres -Juifs, chrétiens mais aussi, zoroastriens, hindouistes et bouddhistes- a permis au monde musulman de développer une des civilisations les plus riches en matières de sciences dont nous récoltons encore beaucoup de fruits dans le monde moderne de ce début du troisième millénaire. Un travail scientifique et linguistique du Coran permettra sans doute de se démarquer des lectures apologétiques pseudo-scientifiques des concordistes, comme du rejet systématique et sans véritable argumentation ni objectivité véritable de cette particularité du Coran notée chez leurs détracteurs anti-concordistes, généralement également éloignés du monde académique qui se tient lui plutôt en démarcation de ces deux bornes. Cet essai de lecture scientifique du sens primitif des versets tel qu'il devait être compris par les contemporains du Prophète permettra aux lecteurs de confronter le Coran avec les données scientifiques de façon organisée. Du moins à partir des essais de traductions fondés sur les approches liturgiques traditionnelles et une relecture lexicologique également confrontée aux langues sœurs anciennes et les écrits rédigés dans toutes ces langues.
Hathor sémitique du Sinaï, un témoignage que les peuples sémites du Sinaï écrivant du proto-hébreux vénéraient Hathor à l'époque ramesside.
INTRODUCTION
Le Coran est le livre sacré de maintenant
environs un milliard huit cent millions de fidèles en ce début du troisième
millénaire. Des ouvrages divers traitant du livre existent depuis l’époque de
sa rédaction qui suscitent une grande émulation multidisciplinaire chez
beaucoup de personnes s’y intéressant. Pourquoi avons-nous entrepris ce nouveau
travail sur le livre ?
Plusieurs penseurs ont cherché à établir des
corrélations entre le Coran et certaines théories modernes. Y décrivant un
miracle surnaturel inexplicable. D'autres ont logiquement rejeté une telle
thèse, témoignant d'un manque de démarcation scientifique et ne correspondant
pas à une démarche neutre. En nous penchant sur la question, nous avons voulu
comprendre ce qui se passait. Il fallait tout reprendre à zéro et faire une
véritable dissection du livre de façon rigoureuse et scientifique.
En fait, pour bien comprendre comment faire
une critique objective du Coran, il faut tout d’abord se pencher sur
l’historique de la rédaction et l’exégèse coranique. Notre étude s'organise
autour du sens primitif fondé sur l'approche lexicologique de même qu'à la
langue arabe fusha contemporaine ayant servi de point d'accroche par défaut aux nombreux essais de traductions de
vulgarisation modernes croisés entre eux et inspirés des exégètes musulmans
médiévaux.
HISTORIQUE SUR LA CONCEPTION, LA CONSERVATION ET LA LECTURE DU CORAN :
LA RÉCITATION ET LA COMPILATION DU CORAN SELON LA TRADITION MUSULMANE :
Selon la tradition musulmane, au
commencement, le Coran était dicté progressivement par le Messager : Cor.
XVII : 106 et les fidèles présents alors connaissaient
les circonstances dans lesquelles les versets étaient dictés. Ceux-ci
maîtrisaient de même naturellement la langue arabe et la sémantique de cette
langue, ils en maîtrisaient le sens, limpide : Cor. XIX : 97, Cor. XXVI : 192-195. Parfois, le Prophète leur donnait en plus de cela certaines
explications supplémentaires concernant des versets : Cor. X
: 39.
Le Coran qui était mémorisé : Cor ;
XXXIII : 34 et transcrit sur divers types de supports
: Cor. XXV : 5 & Cor.
XCVIII : 2, aurait été compilé intégralement sous le
Califat d'abu Bakr (entre H. 11 et 13 et conservé chez le Calife, pour être
plus tard conforté par une seconde compilation de vérification sous le Califat
de Uthman ben Affan (en H. 25), le troisième Calife, pour être multiplié -nous
rapporte la tradition musulmane- en huit exemplaires distribués dans les
grandes métropoles musulmanes d’alors, afin de pouvoir être accessible chez la
population depuis ce Mushaf de Uthmân. Quoi que le corpus actuel du Coran soit
accepté largement comme authentique, il est très compliqué de vérifier
l'histoire réelle de sa première compilation. L'analyse des manuscrits de Sanaa
semble témoigner selon de nombreux experts que le rasm consonantique du Coran actuel est fidèle à la version
officielle disponible dans la première moitié du premier siècle hégirien, celui
des premiers Califes.
LES MÉTHODES DE L’EXÉGÈSE CORANIQUE :
Pour ce qui est de l’exégèse du Coran, il semblerait
que les enseignements du Prophète étaient mémorisés ou soigneusement tenus sur
des supports distincts de celles des versets du Coran – après une autorisation
de les écrire venant parait-il du Messager-, semble-t-il afin de ne pas risquer
de déformer le Coran. Toujours d'après la tradition, les hadiths étaient déjà
écrits par certains compagnons du prophète dont abu Hurayrah –sur des tas de
feuilles dans un coffret-, Ali –plusieurs hadiths dans la gaine de son sabre-,
Amr ibn el-As –quelques hadiths sur des rouleaux- etc. Nous allons faire
quelques explications au sujet de la science du hadith à la fin de notre étude,
car l’étude historico-critique et lexicologique du Coran passe par ces écrits rapportés dans les ouvrages classiques
médiévaux. Enseignements auxquels nous avons également fait appel dans notre
présente étude au sujet des versets analysés ici quand le prophète en aurait
dit des choses pour les disposer dans leur contexte propre. Cependant, les plus
anciens manuscrits de hadith et d'exégèses sont beaucoup moins anciens que les
dates supposées de leurs rédactions. Ainsi le plus ancien manuscrit du Jami'ul-Sahih de Bukhari remonterait au
XIIeS.
Après le décès du Prophète, ses disciples
(appelés compagnons), de même que la seconde génération, suivaient semble-t-il
la même méthode que du vivant de celui-ci dans l’appréhension et la
compréhension des sens des versets -l'usage d'allégories étant pratiquement
totalement absent des commentaires et ce dès Tabari dans son Jâmi'ul Bayân fî tafsîr'il Qur'ân -;
Mais certains y ajoutaient apparemment déjà des croyances de l’époque : arabes
païennes (la terre serait plate, bordée des mers et le ciel serait une coupole,
parfois présenté comme une croyance Arabe mais probablement une influence
aristotélicienne post coranique), judéo-chrétiennes (le récit d’un chrétien
inconnu racontant que ce serait Judas qui aurait été crucifié et non Jésus,
rapporté d'après ibn Abbas), ou même sumériennes (le conte de Gilgamesh pour le
récit de Moïse de la sourate XVIII intitulée la caverne, citée par un tabi’i
nommé Nouf el Bakali, qui contredit les explications prophétiques rapportées de son autorité. Mais le plus souvent, les compagnons citaient les
circonstances de la révélation de certains versets ou des explications du
Messager; faute de quoi ils interprétaient les versets en substituant des
synonymes à certains mots dans l’élucidation des sens des versets pour les
faire saisir à ceux qui les interrogeaient tels qu'eux le comprenaient. Il
paraît manifeste qu'une interaction ait eut lieu entre la finalisation des
variantes (qira'ah) du Coran et des
hadiths, peut-être dans les deux sens parfois ? D'où l'importance de
s'intéresser à la tradition pour décrypter certains passages du Coran.
LA SCIENCE DE L’EXÉGÈSE AU CŒUR DE LA SCIENCE DU HADITH :
Durant les deux premiers siècles, il semblerait
que les enseignements du Messager et de ses compagnons aient été compilés sans
tri ni distinction dans des ouvrages nommés Sunnan et puis Musnad, mais avec la
citation, avant chaque hadith, de la chaîne des transmetteurs de sorte qu'il
soit possible d'identifier chaque source, puisque des intrus auraient commencé
à inventer des hadiths. La richesse des variantes des hadiths des Sunnan
témoigne en tout cas clairement du parti pris de milliers de hadiths devant
favoriser telle ou telle secte musulmane. Le fameux Muwatta de l’Imam Malik (H.
93-179) est l’un des plus anciens livres de hadith encore disponible actuellement
; il contient 1.720 hadiths, 600 de ceux-ci comportent déjà une chaîne de
transmission complète, 300 comportent une chaîne incomplète et le reste
consiste en des paroles des disciples du Prophète Muhammad. 70 des hadiths du
Muwatta sont considérés faibles selon les investigations des analystes
musulmans.
Parallèlement, des savants du hadith
travaillaient déjà pour élaborer des règles sévères pour l’admission d’un
hadith comme étant sain et acceptable et émettaient des critiques au sujet des
hadiths en fonction de ces critères dans des exégèses des ouvrages de hadiths
nommés sharhs. Des critiques qu’ils incorporaient aux ouvrages mêmes de hadiths
dans des manuscrits –voir infra, en fin de travail à ce sujet.
El-Bukhârî (H. 194-256) établira, quant à
lui, un tri très méticuleux des paroles les plus essentielles du prophète
Muhammad et qui seraient irréfutables selon la fiabilité de leur transmission
et en fonction des rapporteurs, rejetant de son travail les hadiths qui ne
répondaient pas aux critères de fiabilités ainsi élaborés par ses
prédécesseurs, et poussés à l’extrême de sa part. Celui-ci organisera de même
son œuvre maîtresse, son fameux el-Jâmi’ us-sahîh, de façon ingénieuse : par
chapitres ; et il établira, pour la première fois semble-t-il, un chapitre à
part concernant les hadiths traitant du Coran. Ce chapitre intitulé tafsîr-ul
qur’ân peut être considéré comme l’un des ancêtres de l’exégèse écrite du Coran
appelé en arabe tafsîr. L’auteur aurait de même rédigé une exégèse du Coran qui
si elle a vraiment existé est malheureusement perdue. Le Sahîh d’El-Bukhârî est
considéré par les musulmans sunnites comme le livre le plus fiable après le
Coran, car les critères imposés par ce chroniqueur pour accepter un hadith
étaient extrêmement durs et parce que ses sources sont toutes connues et
semble-t-il vérifiables. Chaque maillon de la chaîne des rapporteurs étant
connu et répertorié dans des ouvrages spécialisés. Néanmoins, d'un point de vue
de la critique historique cette méthode est largement insuffisante pour pouvoir
affirmer que les hadiths ainsi authentifiés sont forcément authentiques, le
fait d'établir l'origine d'une information ne disant rien de trop strict sur ce
que le texte a pu subir en cours de route, selon la compréhension des
différents maillons de la chaîne de transmission, et sur la déformation du sens
des hadiths sur ce chemin.
L’EXÉGÈSE DU CORAN EST FINALEMENT SÉPARÉE DES OUVRAGES DE HADITH DANS DES LIVRES
SPÉCIALISÉS :
Plus tard, il semblerait que des savants
suivant cette méthode originale élaboraient finalement des ouvrages d’exégèse
spécialisés, en dehors des ouvrages traitant proprement du hadith, traitant
désormais spécifiquement des explications des versets par le prophète et ses
compagnons, ainsi qu’avec des croyances de leurs époques, et occasionnellement
des avis personnels. Les versets étaient parfois de même étudiés à l’ombre de
hadiths faibles voire même non fondés même chez des exégètes de grande
renommée. La maîtrise de la science du hadith n’étant pas forcée pour ce qui
est l’exégèse du Coran.
L’historien et savant ibn Jarir al-Tabari (H.
216-301) est l’auteur de l’œuvre majeure d’exégèse comptant parmi les plus
anciennes que nous possédons encore. Du moins une version de son œuvre
originale, sans doute retouchée, et à défaut d'un manuscrit original. L'exégèse
de Tabarî, plutôt élaborée, trace les grands axes de ce que sera l'exégèse
coranique déjà chez la version de l'exégèse telle qu'elle nous est parvenue.
Depuis, nous trouvons dans les livres
exégétiques des explications ptoléméennes, des croyances populaires
judéo-chrétiennes, des mythes arabes païens et des approches individuelles ou
propres à certains courants de pensée à tendance mystique, philosophique,
scolastique, ou autres. Et cela dans la plupart des exégèses dont nous
disposons. Y compris parmi les géants de l’exégèse coranique dont même
al-Tabari (H. 216-301), ibn Kathîr (XIIe siècle), ou Qurtubî (H. ? 585-671) ne
sont pas totalement exclus.
L'APPROCHE MODERNE DU CORPUS DU CORAN SELON LES SCIENCES CONTEMPORAINES :
Si donc les anciens ont introduits des
croyances étrangères dans leurs exégèses en y ajoutant des explications
séculaires, pourrions-nous faire une critique contemporaine basée sur des
hadiths et en nous fondant cette fois sur des connaissances plus récentes en
épurant les versets des interprétations postérieures à Muhammad pour contextualiser
philologiquement le Coran suivant les méthodes modernes et sémantico-cognitives
?
En fait, le Coran est étudié classiquement
selon plusieurs méthodes basiques : la langue arabe –il existe des exégètes qui
n’ont étudié le Coran que par l’étude linguistique, comme al Jalâlayn-, les
circonstances de la révélation –asbâb an-nuzûl-, suivant les commentaires du
Prophète selon les tradition et en comparant des versets les uns avec les
autres –tafsîl-, ou encore par l’exemplification personnelle –voir infra le cas
du verset (Cor. LV : 7-8). Les compagnons du Prophète auraient appliqué chacune
de ces méthodes. Des études plus originales comme celle de Maurice Glotton sur
l'approche grammaticale et lexicale du Coran sont d'une aide précieuse dans
notre critique scientifique du texte du Coran.
Fahrûddin er-Râzî (H. 544-606) est l’un des
exégètes anciens qui a fait une étude rationnelle du Coran au XIIe Siècle.
Quant à nous, nous proposons de critiquer le contenu du Coran selon la
linguistique ; de même que nous comparerons le sens des textes avec la
paléographie, l’archéologie. S’il s’agit de faits historiques, selon
l’observation scientifique en laboratoire s’il s’agit d’événements qui
continuent actuellement, etc. Nous n’abordons pas ici les versets relatifs aux
domaines de la jurisprudence, de l’éthique, de la doctrine, (croyances en les
Qualités de Dieu, la nature des révélations etc.). Qui débordent du domaine des
sciences positives. Donc nos explications considèrent le sens littéral du texte
tel qu'il devait être compris par les contemporains du Prophète, même s’ils
sont parfois, naturellement, en contradiction avec des explications plus
anciennes fondées sur des croyances anciennes, postérieurs à Muhammad.
Rappelons-nous cette parole de Mâlik ibn Anas (H. 93-179), qui, parlant du
Messager gisant dans sa tombe dit : « La parole de toute personne peut être
prise ou rejetée, exceptées celles de celui qui gît ici. ». Que les lecteurs
musulmans ne nous tiennent donc pas rigueur de ne pas tenir compte des
explications des commentateurs musulmans quand ceux-ci ne sont pas confortées
par la critique linguistique avancée. Ce n'est pas l'objet de notre étude.
Répétons-nous, ceci n'est pas un ouvrage de théologie, mais une lecture
strictement positive.
Cette présente étude se veut ainsi exposer
d'une manière exhaustive tous les thèmes traités dans les versets du Coran qui
permettaient une critique positive, dans l'ordre de leur situation dans le
livre saint, et veille à énoncer de façon relativement simple et accessible
l’approche scientifique moderne qui concerne chaque thème considéré tout au
long de notre lecture du Coran. Nous allons nous efforcer de contextualiser les
versets selon les commentaires attribués à Muhammad en prenant en compte le
contexte admis généralement pour chaque verset selon les anciens commentateurs
comme Tabari ou ibn Kathir. Cette étude critique consiste en une confrontation
contemporaine du contenu des versets du Coran et des domaines qui y sont
abordés avec les acquis scientifiques et exacts de notre époque. Comparaison
sévèrement critiquée par certains intellectuels, mais que permet effectivement
la voluptueuse simplicité si intuitive du livre saint, sans que cela ne soit du
tout un signe de miracle, mais plutôt peut-être une conséquence due à la
simplicité, voire la rudesse du corpus du texte.
Nous avons organisé notre travail en quatre
parties : l’astronomie, la géologie, la biologie et la chronologie, de sorte à
rendre ces domaines fondamentaux -qui sont les plus largement concernés dans
notre relecture moderne du Coran- plus faciles à comprendre. Insistons sur le fait que quoi qu'abordant des thèmes existentiels se rapportant
à l’astronomie, la géologie ou autre, le Coran n'est pas un manuel
scientifique. Puisque ces sciences sont apparues ou ont été développées bien
plus tard.
Nous avons voulu souligner la particularité
stylistique, rhétorique et rationnelle du Coran, et faire une critique
rigoureuse du livre sur ses aspects traitant des domaines existentiels tels
que la cosmogonie coranique, les descriptions de la nature ou les récits des
anciens, que permettaient de critiquer chacune de ces branches modernes des
sciences expérimentales, et avons mentionné ce qu’en disent les données
scientifiques qui ont été obtenues positivement. En sorte d'évaluer d'une part
la part de la validité de certaines approches concordistes de façon réfutable,
et de souligner d'autre part que la tendance à vouloir tout dénier en bloc est
également une approche erronée antihistorique.
Une bibliographie a été ajoutée pour ceux qui
désireraient vérifier certaines de nos sources écrites dans les domaines
abordés ici ou qui voudraient encore approfondir leurs connaissances dans des
domaines traités ici.
Nous avons par ailleurs privilégié la mention
des équipes de chercheurs et les universités concernées lorsque nous avons fait
mention de données scientifiques moins connues hors des cercles académiques, au
lieu de nous référer aux sources de publications à comité de lecture.
Permettant ainsi à chacun de vérifier les informations, sans devoir se procurer
des articles souvent difficiles d'accès mais mentionnés néanmoins dans des
revues scientifiques de vulgarisation moins prestigieuses souvent disponibles
sur la toile. Une des philosophies directrices de cet essai étant la libre
circulation des connaissances.
Il n'existe à ce jour pas une étude lexicologique intégrale de niveau
académique à but scientifique du Coran. La langue de rédaction originelle du
Coran étant un mélange d’idiomes arabes découlant d'un vaste échange
linguistique avec les langues concurrentes tant par les échanges commerciaux
que par les prêcheurs chrétiens qui parlaient la langue syro araméenne qui
semble avoir fortement influencé la littérature liturgique coranique et
islamique primitive -ghara'ib ul qur'ān. Néanmoins il demeure un fait que sans aucune grammaire,
sans dictionnaire contemporains au Coran, une étude paléographique et lexicologique du Coran est toujours un très vaste projet. Les références aux
pages du Coran cités dans notre étude font allusion à la traduction en langue
française par Muhammad Hamidullah qui nous a paru être le mieux adapté ayant
privilégié l'ordre largement admis par les exégètes. Quant à la traduction des
versets que nous citons ici, nous avons pris comme base les anciennes
traductions (françaises, mais aussi turques, anglaises entre autres) et avons
également fait plusieurs rectifications quand le manque de connaissances
exactes induisait parfois les traducteurs à s’éloigner du sens initial des
versets en langue arabe dans le texte original. Nous avons tenu compte d'autres
traductions mais n'avons pas désiré alourdir l'étude par des répétitions
redondantes, le sens utilisé étant le plus proche de la compréhension des
anciens commentateurs arabes. Nous signalerons occasionnellement les quelques
versets que nous avons revisités et les explications nécessaires.

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